Révolte dans les prisons turques

Le 25 septembre 1999, l'armée et la police turques ont attaqué la prison d'Ulucanlar à Ankara, parce qu'un groupe de détenus résistait à une perquisition et avait pris en otages des gardiens pour faire entendre leurs revendications. Bilan de cette attaque : 12 prisonniers tués, 20 autres blessés grièvement.

La révolte s'est étendue à d'autres prisons à travers tout le pays. Les raisons en sont principalement les conditions inhumaines de détention, les tortures quotidiennes, l'usage des "cellules d'isolement", les transferts de prisonniers d'une prison à l'autre, transferts au cours desquels beaucoup sont tués, officiellement en tentant de s'évader.

Ces massacres de prisonniers ne sont pas nouveaux en Turquie, les autorités y ayant souvent recours. L'Association des Droits de l’Homme de Turquie (IHD) a fait état de plusieurs rapports consternants à ce sujet. Ces 20 dernières années, plus de 200 prisonniers ont été tués dans des circonstances analogues.

Maître Eren KESKIN, la Vice-Présidente des Droits de l'Homme a été placée en garde à vue, ainsi qu'une centaine d'autres personnes, alors qu'elle tentait de faire une conférence de presse pour alerter l'opinion publique sur la situation dramatique des prisonniers en Turquie. Maître Eren KESKIN, avocate, a participé à la défense d'ÖCALAN et défend depuis longtemps la condition des femmes détenues qui sont régulièrement torturées et violées.

Les prisonniers demandent :

1- l’arrêt du recours aux "cellules d'isolement",

2- l’arrêt des transferts,

3- l’arrêt des tortures et des persécutions,

4- que les responsables des tueries soient identifiés et jugés,

5- que le Procureur autorise les avocats à assister à l’autopsie des victimes.

 


 

Extraits de rapports de l’Association des Droits de l’Homme de Turquie (IHD) sur les prisons turques :

Le 21 décembre 1980 : Serif YAZAR et Hakan MERMEROGLU meurent sous les balles des policiers dans la prison d’Alemdag.

Le 2 janvier 1982 : Après une attaque de la police, Bahadir DUMANLI est tué dans la prison d’Alemdag.

Le 2 août 1989, après une longue grève de la faim dans la prison d’Aydin, Hüsnü EROGLU et Mehmet YALCINKAYA ont été tués lors de leur transfert à la prison d’Eskisehir.

Le 21 septembre 1995, parce qu'ils avaient refusé de répondre à l’appel, Tufan KILIC, Ugur SARIASLAN et Yusuf BAG ont été tués par les policiers.

Le 4 janvier 1996, la prison d'Ümraniye est attaquée par la police et les "Forces Spéciales". Riza BOYBAS, Orhan ÖZEN et Abdulmecit SECKIN ont été tués et 59 autres prisonniers blessés.

Le 24 septembre 1996, les forces de l’ordre ont massacré 8 prisonniers ; Edip DÖNEKCI, Nihat CAKMAK, Erkan PERISAN, Ridvan BULUT, Hakki TEKIN, Ahmet CELIK, Mehmet Sabri GÜMÜS et Cemal CAM tous ont eu la tête écrasée.

Le 25 septembre 1996, Mehmet BATUGE, Kadir DEMIR, Kadir DAL ont été tués dans la prison de Diyarbakir.

 


 

(Source : CILDEKT, 11 octobre 1999)

"Leyla Zana traumatisée par la tuerie de la prison

Après deux semaines d'interdiction, les députés kurdes emprisonnés ont, à partir du 5 octobre, à nouveau été autorisés à recevoir des visites de leurs proches une fois par semaine pour une durée de 45 minutes derrière des parloirs grillagés. À cette occasion, nous avons eu la confirmation de leurs conditions de détention. Les trois députés hommes, Hatip Dicle, Orhan Dogan et Selim Sadak, ont été transférés dans un dortoir collectif où sont détenus de 45 à 50 prisonniers politiques pour la plupart accusés d'appartenance au PKK.

 

De son côté, Leyla Zana, qui depuis 1994 logeait seule dans une cellule assez spacieuse est désormais obligée de partager celle-ci avec 5 autres femmes prisonnières politiques accusées d'appartenance à des mouvements turcs d'extrême gauche. Le manque de place les contraint à se relayer pour dormir à tout de rôle. Selon plusieurs témoignages, Leyla Zana reste traumatisée par la répression sauvage d'un mouvement de protestation de certains détenus de la prison centrale d'Ankara.

 

De la fenêtre de sa cellule, elle a assisté à la mise à mort à coups de matraques et de gourdins de sept prisonniers par des centaines de policiers et de gendarmes dans la nuit du 26 septembre 1999. "Ces scènes d'une rare sauvagerie, les cris de suppliciés ne cessent de me hanter jour et nuit" a-t-elle déclaré à ses visiteurs qui l'ont trouvée traumatisée, émaciée et en état de choc. Au cours de la répression, Habib Gül, Ertan Özkan, Nihat Konak, Ümit Altintas, Halil, Türker, Mahir Ünsal, Sakir Dönmez, Abuzer Cat, Nihat Salmaz, Ahmet Devran, Zafer Karabiyik, Önder Gencaslan ont perdu la vie.

 

Le Premier ministre turc avait déclaré que "l'Etat est décidé à rétablir son autorité à n'importe quel prix". En l'occurrence, le calme, relatif et éphémère, a été obtenu au prix de la mort de 12 hommes et de centaines de blessés. L'un des survivants de cette tuerie, Cemal Çakmak, dans un témoignage publié par le quotidien Özgür Politika du 7 octobre 1999, affirme que les forces de l'ordre turques disposaient de listes préétablies de meneurs qui ont été arrêtés au moment des troubles, battus à mort, puis mitraillés pour accréditer l'idée d'affrontements armés à l'intérieur de la prison.

 

En 1996, une tuerie similaire avait eu lieu dans la prison de Diyarbakir. Les familles des victimes avaient porté plainte et les meurtriers avaient été identifiés. Cependant de renvoi en renvoi, le procès dure encore et les assassins sont toujours en service et en liberté."

 

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