Un regard

 

Un regard, bref,

S'est posé sur moi.

C'était comme une chemise de feu

Qui incendiait mes yeux.

Mon corps dégouttait de sueur.

Un long regard,

A mi-chemin,

A rencontré le mien.

Ils sont allés ensemble

Sur la route de l'Histoire,

Ce merveilleux édifice.

Comme un adorable fantôme,

Ils sont descendus, marche après marche,

Vers les souvenirs du Colisée,

Au pied des colonnes.

Là,

Oui là-bas,

Immobiles,

Ils sont restés.

Ces regards étaient peut-être un parcours

Prolongé vers le futur,

Peut-être bien un pont

Qui s'éloignait du passé.

Ah si cela avait pu être !

Nous nous sommes trompés, mon frère, trompés.

Le futur n'a pas surgi

Et le printemps n'est pas venu

Viendront-ils un jour ?

Sur le dos du Temps,

Avec des brassées de fleurs,

Souffleront-ils d'une brise fragile

Porteuse de parfum ?

On dit :

"Qui ne connaît pas la rigueur de l'hiver

Ne peut savourer le printemps".

Es-tu sourd ?

Est-ce qu'en moi les nuages ne grondent pas ?

Est-ce qu'en mon cœur les éclairs ne jaillissent pas ?

Mon sang ne s'est-il pas lavé de pluie ?

Le cœur de mes rêves n'est-il pas saisi par la glace ?

Pour toi n'est-ce pas suffisant ?

En moi j'aligne toutes sortes de douleurs,

En moi danse le démon de la souffrance.

Mes rêves sont noyés de brume,

Mon âme porte la blancheur de la neige.

L'hiver est devenu Moi

Et je suis devenu l'Hiver.

Tu me dis de verser mes poèmes sur le papier.

Ne me parle pas ainsi

Par la grâce de Dieu !

L'esprit peut-il choir sur les lignes d'un cahier ?

Glisser dans le blanc d'une page ?

L'esprit se verse dans l'esprit,

Dans le rouge du sang,

Au fond du cœur jusqu'à son firmament.

Oui c'est là qu'il vit,

Et dans ces cieux-là il réside

Et souffle comme brise,

N'est-ce pas ?

C'est dans l'amour de l'amour que le poème se forme,

Et se pétrit dans cette eau,

N'est-ce pas ?

Comment l'écrire sur de la fibre de bois ?

Il transparaît dans la douceur de la Nature,

Dans le bleu du ciel,

Dans le brun de la pluie.

Il est tracé, ineffaçable,

Dans le souffle de la Beauté.

Il est l'essence de la lumière dans le noir de la nuit.

Il est la parole du printemps au milieu de l'hiver.

Il est la vie vivante

Et la mort trépassée.

N'est-ce pas ton avis ?

 

Akif Hasan

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