Kemal Burkay, Secrétaire Général du Parti Socialiste du Kurdistan


Nous avons toujours défendu une solution pacifique de la question kurde. Cependant, le régime turc n'a jamais reconnu le droit aux Kurdes de mener des activités politiques, même d'une façon pacifique. Les libertés de pensée, d'expression et d'organisation ont été sévèrement réprimées. L'Etat turc a considéré comme un délit toutes revendications kurdes, interdisant même la discussion de cette question. Il a dissout toutes nos associations, interdit et puni toutes initiatives de ce genre et les a considérées comme "des actes séparatistes qui diviseraient le pays et la Nation". 

La Turquie, dont le revenu national est seulement de 3.000 dollars par personne et dont le secteur économique est en crise, a malgré tout dépensé plus de 100 milliards de dollars pour financer sa guerre contre le peuple kurde.

(...) Le régime turc depuis des années a voulu se débarrasser de la question kurde en étouffant les revendications de droits et de liberté, en intimidant la population, en s'efforçant d'interdire la langue et la culture kurdes, en assimilant les Kurdes par la force. 

La Turquie a envahi le Nord de Chypre et a créé un Etat de facto pour les 100.000 turcs qui constituent un 5ème de la population de l'île. Elle ne se contente pas d'une fédération, elle demande une confédération pour les Turcs installés dans l'île. (...) Tandis que l'Etat turc refuse de reconnaître les droits  pour un peuple majoritaire à 90 % sur son territoire ; de quelle logique cela relève-t-il ?

(...) Selon nous, il est possible de trouver une solution à la question kurde sans remise en cause des frontières. Le peuple kurde peut vivre avec les autres peuples en Turquie, en Iran, en Irak et en Syrie dans le respect des droits et  l'égalité. Cela peut se réaliser dans un système fédératif ou autonomiste, selon la volonté du peuple kurde dans chacun de ces pays et en fonction des situations. Il y a plusieurs exemples dans le monde : des pays européens sont administrés dans un cadre fédéral et il en va de même pour les États-Unis, le Canada, la Russie, et l'Inde.

Nous avons, dès le début, défendu le fédéralisme. Nous pensons que cette solution est conforme aux caractéristiques pluriethniques de la Turquie.

Le Kurdistan du Nord constitue un tiers de la population et un tiers de la superficie de la Turquie dans ses frontières actuelles. Les deux peuples peuvent vivre ensemble dans une fédération démocratique. Cela pourrait résoudre le problème, mettre fin aux immenses peines des deux peuples et instaurer la paix dans le pays. Cela permettrait aussi à la Turquie de se développer plus rapidement et de s'engager sur la voie de la démocratisation.

(...) Les Kurdes constituent aujourd'hui la majorité de la population en Anatolie de l'Est et Sud-est, selon le langage officiel, c'est-à-dire au Kurdistan du Nord. Les frontières de l'administration kurde engloberaient ces régions. D'autre part, les droits élémentaires (culture, enseignement dans sa langue maternelle, presse ...) seraient évidemment reconnus aux Turcs qui vivent au Kurdistan et aux Kurdes qui vivent à l'Ouest, comme aux autres minorités.

Toutefois, nous sommes conscients qu'il n'est pas possible d'aboutir sans étape à une solution permanente et définitive. Tout d'abord, il faut dialoguer et faire acte de bonne volonté en ce sens. Le Parti Socialiste du Kurdistan, avec les autres organisations du Kurdistan du Nord, rappelle depuis des années qu'il est prêt à discuter.

Selon nous, il conviendrait que la Turquie entreprenne en premier lieu les démarches suivantes :

Mettre fin aux opérations au Kurdistan. Jusqu'à présent, l'Etat turc justifiait les opérations par les actions du PKK. Aujourd'hui, le PKK ayant mis fin à la lutte armée, il n'y a donc plus aucune raison pour que la Turquie continue à utiliser les armes.

Mettre fin à l'état d'urgence et dissoudre le système des gardiens de villages et des brigades spéciales qui sont des organisations d'exception.

Permettre aux exilés kurdes de rentrer dans leur pays et les indemniser.

Déclarer une amnistie générale qui doit concerner aussi les prisonniers politiques.

Élaborer une constitution démocratique dans laquelle l'identité et les droits du peuple kurde soient reconnus.

Garantir la liberté d'expression et d'organisation. Tous les partis doivent être autorisés à mener leurs activités dans le cadre de leur programme.

Cesser toutes formes d'oppression contre la langue et la culture kurde. Autoriser l'usage de la langue kurde dans les médias, les établissements scolaires et dans la vie sociale.

La Turquie, candidate à l'Union Européenne, doit se transformer radicalement ; la résolution de la question kurde fait partie de ce processus. L'application des critères de Copenhague, bien qu'ils soient insuffisants à satisfaire les demandes du peuple kurde, peut permettre une avancée et garantir la paix.

Depuis le sommet d'Helsinki, en décembre 1999, les mois ont passé sans que le gouvernement turc n'ait démontré sa volonté de préparer réellement ces changements.

(...) Le chauvinisme, voir le racisme sont encore très présents. Le régime, au nom de la défense de l'union du pays et de la nation, a encouragé ces sentiments haineux.

(...) La Turquie est membre des Nations-Unies, mais elle n'a jamais appliqué les principes de la déclaration universelle des droits de l'Homme. La Turquie, en tant que membre de l'OTAN serait un régime démocratique, mais cette adhésion n'a pas empêché trois coups d'Etat militaires soutenus par les États-Unis et par d'autres pays de l'alliance atlantique. La Turquie, membre du Conseil de l'Europe, ne remplit pas ses devoirs.

La Turquie est devenue membre de l'OSCE sans que cela ne change rien. Il n'y a eu aucune amélioration sur le plan des droits de l'Homme et la torture continue.

(...) Depuis le sommet d'Helsinki, qui lui a ouvert les portes de l'Europe, il n'y a eu aucune amélioration par rapport aux Kurdes. La situation a même empiré dans certains domaines comme notamment la liberté de la presse kurde, certaines revues publiées à Istanbul ont été interdites sur le territoire kurde.

(...) Nous, les Kurdes, sommes de tout notre cœur pour l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, mais nous pensons que la situation actuelle, la torture, l'oppression, les violations massives des droits de l'Homme et les valeurs racistes et chauvines qui prédominent, ne doivent pas le permettre.

(...) Nous souhaitons que les forces démocrates puissent réaliser les progrès nécessaires avec un soutien international.

(...) Depuis des siècles, les Kurdes ont toujours lutté pour leur liberté, ils continueront à le faire, que personne n'en doute !

 


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