Baran

Elle s'appelait Hanim BARAN, elle avait quarante ans, elle était mariée et avait quatre enfants. Un jour, soupçonnée d'être une sympathisante du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), elle a vu les forces de l'ordre faire irruption dans son foyer. Elle et son mari ont été placés en garde à vue et sous couvert de la loi anti-terroriste, ils ont été torturés.

Comme la plupart des femmes, elle a été violée... avant d'être incarcérée à la prison d'Umraniye, où j'ai fait sa connaissance.

Hanim était une femme remarquable et son amour des autres nous impressionnait toutes. Elle aimait et respectait la vie par dessus tout et faisait partie de ces êtres exceptionnels qu'il est rare d'avoir la chance de rencontrer dans une vie ; elle était à l'écoute de tous, à l'écoute de la nature aussi. Comment pouvait-elle être en contact avec la nature, enfermée entre les quatre murs d'une cellule ? Hanim avait l'intelligence du cœur et la mettait au service de son amour, même dans cette prison où les plantes sont interdites.

Pour nous faire partager ce qu'elle ressentait, Hanim  lavait les pommes de terre pour recueillir la terre qu'elle faisait ensuite sécher. Grâce à elle, nous avons eu du terreau, puis de belles plantes dans notre cellule. C'était toujours elle qui les soignait ; elle leur parlait, les embrassait...

C'était toujours elle aussi qui partageait nos peines... Voila qui était Hanim.

Les jours passaient et son ventre gonflait et la faisait souffrir, mais elle en plaisantait en prétendant qu'elle devait attendre des jumeaux...

Nous avons protesté pour qu'elle puisse être soignée, mais chaque fois, les militaires, sous prétexte de la conduire à un médecin, ne l'emmenaient que pour l'insulter, l'humilier, la frapper et refusaient de lui enlever les menottes pour permettre un examen médical. Chaque fois, elle est revenue sans avoir même été auscultée.

Quand son état s'est aggravé, on lui a permis de consulter un médecin pour la première fois, mais il était trop tard : le diagnostique laissait peu d'espoir et ne lui laissait que dix jours à vivre, si elle n'était pas soignée. Tous les prisonniers se sont mobilisés et ont protesté en entamant notamment une grève de la faim.

Les avocats de Hanim BARAN ont réussit à la faire sortir provisoirement pour qu'elle puisse être soignée. Elle devait finir de purger sa peine quand son état de santé se serait amélioré. Malheureusement, Hanim était pauvre et n'avait commencé à apprendre à lire et à écrire, petit à petit, qu'en prison. Elle vivait dans un bidonville et n'avait pas les moyens financiers d'être suivie médicalement. Elle a tenu six mois, puis j'ai appris par la presse kurde, après le réveillon du millénium qu'elle était décédée...

Beaucoup de gens ont assisté à son enterrement... beaucoup de policiers aussi, et des tanks ! 

Voilà, maintenant Hanim BARAN n'est plus là, mais il y a encore beaucoup de cas comme le sien en Turquie, pays officiellement candidat à l'Union Européenne...

Sibel CEYLAN - Janvier 2000

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