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Résumé de la situation Tout d'abord, bravo aux héroïques lecteurs qui sont arrivés ici après avoir tout bien lu, jusqu'au bout et sans tricher... Franchement, c'est méritoire, surtout quand on n'est pas obligé ! Alors voilà : l'idée du 8° Congrès a été lancée après que quelques informateurs dévoués (et que ça intéressait, mais bon...) aient avisé le Camarade Président que les fuites et les désaffections, de plus en plus nombreuses à l'intérieur de son Parti, provenaient pour une bonne part de la pression totalitaire exercée sur ses membres, de l'interdiction qui leur était faite de quitter librement ce même parti, de se marier (pour les cadres notamment) ou même d'avoir la moindre relation privée, fut-elle simplement amicale... Entendant cela, le Camarade Président leva un sourcil étonné et déclara : "Si c'est pour ça que les gens veulent partir, bah... ce n'est pas important, il faut leur permettre". Pour la petite histoire, cela fait quand même des années que les militants demandaient un minimum de liberté individuelle. Du coup, n'écoutant que les principes libéraux et démocratiques qu'il avait toujours eu à coeur d'inculquer aux membres de son parti, le Camarade Président Abdullah Öcalan n'hésita pas à se lancer sur la voie encourageante (quoi que glissante) de la Grande Transformation Démocratique, et ordonna la réunion d'un Congrès qui viserait (entre autres) : 1) A permettre une vie privée aux militants. 2) Le démantèlement total de la guérilla. 3) La formation d'un nouveau parti qui ne ferait plus que de la politique et attendrait gentiment dans son coin que la Turquie déclare enfin l'amnistie des membres de feu PKK (et de préférence celle du Camarade Président). Le Congrès commença en février et approuva toutes les décisions dictées par le Camarade Président. Il décida que le PKK devait changer de nom, et comme le Camarade Président tient beaucoup à sa tête et n'aime pas les noeuds de cravate trop serrés, et qu'il est actuellement condamné à mort par la Turquie qui aspire à entrer dans l'UE, toute la future politique de l'organisation devait être axée sur la Turquie et l'Europe (et la sauvegarde de la tête du Camarade Président). Il a été prévu dans la foulée qu'on aiderait la Turquie à trouver des arguments pour fermer le HADEP (dont certains dirigeants font du mauvais esprit et empêchent ainsi les Kurdes de suivre la bonne politique, qui comme chacun sait est celle du PKK), qui pourrait être remplacé par cette nouvelle organisation politique. Entre temps, les membres étaient invités à patienter en rejoignant les rangs d'un autre parti politique, turc de préférence (pour ne pas les refiler à la concurrence), l'ANAP par exemple, le temps de tout bien organiser. Le problème c'est que les Turcs mettent beaucoup de mauvaise volonté à fermer le HADEP (malgré toute l'aide gracieusement fournie par le PKK) et qu'on avait oublié de prendre en compte les intérêts de tout le monde. Ceux du petit frère du Grand Camarade Président, par exemple. Osman Öcalan (toujours en vie protégé par son statut de membre de la tribu et parce que le Camarade Président n'a pas envie de se faire gronder par Maman), multipliait les déclarations de presse et les interviews téléphoniques sur Medya-TV au nom "d'Öcalan", sans préciser bien sûr qu'il parlait en son nom et pas en celui du Camarade Président. Certaines mauvaises langues commençaient d'ailleurs à murmurer qu'il se verrait bien Calife à la place du Calife. Enfin bref, l'option européenne n'arrange absolument pas ses affaires, pas plus que l'intégration du PKK dans la politique turque, puisque lui-même se planque (prudemment) quelque part avec le Conseil de Présidence entre l'Irak et l'Iran et qu'il n'a nullement l'intention d'aller tenir compagnie à Camarade Frangin Président à Imrali. Déjà, quelques "divergences" étaient apparues en 1999, juste après l'arrestation d'Öcalan. Cemil Bayik, un des fondateurs du PKK et considéré comme le second du parti avait alors déclaré que le Camarade Président étant tombé aux mains de l'ennemi, il n'était peut-être plus tout à fait aussi judicieux de suivre ses directives quelque peu... euh, orientées. On parla alors d'un renouveau démocratique et d'un Conseil de présidence de sept membres qui seraient élus pour diriger le PKK. Après quelques temps et escarmouches un peu sanglantes (divers "complots" et exécutions de membres de la guérilla, fuite de beaucoup d'entre eux chez Talabani, plus une rixe au cours de laquelle Öcalan (Osman) se prit une balle dans le mollet), ce dernier réussit finalement à contrôler (grâce à son nom de famille) ce Conseil et à lancer des mots d'ordre toujours au nom d'Öcalan ("Notre Mecque est à Imrali"), mais sans toutefois préciser le prénom du frère concerné. Fin mars, alors que tout le monde rendait compte des conclusions du 8e Congrès, la presse du PKK en tête, une déclaration des dirigeants démentit soudain qu'il y ait jamais eu un 8° Congrès et jura que jamais le PKK n'avait envisagé changer de nom. Quelques jours plus tard, on apprit que Cemil Bayik s'était fait pincer bêtement en Iran par les autorités iraniennes, qui le détenaient en garde-à-vue et que la Turquie, fortuitement mise au courant, avait réclamé illico son extradition. La presse turque (entre autres) fit circuler rapidement l'information qu'Osman Öcalan était l'auteur de cette "fuite" qui mettait l'Iran dans l'embarras. Pour finir (temporairement, ne vous inquiétez pas), le PKK a annoncé la tenue d'un nouveau 8e congrès, le 16 avril à Bruxelles, et annoncé les conclusions dont quelques lecteurs courageux ont parcouru intégralement les glorieuses étapes. Dans tout cela, on remarque qu'à part le changement de nom demandé par le Camarade Président, plus rien ne figure des intentions du Premier 8° Congrès. Et que l'option "Serhildan" ou "Intifada kurde" prônée par Osman depuis des mois aura surtout pour objet de perturber quelque peu la pacification du Kurdistan de Turquie, de crisper les relations de celle-ci avec l'UE et donc de compromettre quelque peu la grâce éventuelle de la Mecque d'Imrali, tout en ouvrant la voie aux bellicistes turcs pour envahir une fois de plus le Kurdistan d'Irak, lequel n'a rien demandé. Vous croyez que le Camarade Président va trouver encore assez d'écho pour contrer les manoeuvres de son petit frère, le tout sans fâcher Maman, et sans passer pour un sale rapporteur qui ne respecte pas le joli Manifeste de la Civilisation Démocratique que le KADEK a déjà assez de mal à comprendre ? Roxane & Sandrine Alexie - 19 avril 2002 |
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