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Le PKK, Les Kurdes et Öcalan
Le coup d'Etat de 1980 et la répression
Le contexte du coup d’Etat de 1980 Les années 70 se sont caractérisées par la naissance de nombreuses organisations clandestines ou semi-clandestines qui pour la plupart n'ont pas hésité à prendre les armes pour la promotion de leurs idées. L’Etat dans un premier temps répond à ces organisations de gauche en armant celles de l’extrême droite, comme les "Loups Gris" dont le successeur sera le MHP de Devlet Bahceli. Ainsi, petit à petit s’installe une ambiance de terreur dans toute la Turquie. Chaque jour des dizaines de militants sont tués de chaque côté. A ceci s’ajoutent les attentats contre des personnalités politiques, des dirigeants syndicaux comme Kemal Türkler, président du DISK, et des massacres de civils. Le massacre de Maras du 24 décembre 1978, qui visait principalement les Alévis, sera le plus sanglant. Les obsèques de deux enseignants membres d’un syndicat de gauche, tués par des militants de l’extrême droite, seront l’occasion d'un massacre planifié : pendant 3 jours, l’armée observera sans intervenir. Le bilan officiel fera état de 113 morts, mais selon les témoignages, c'est plus de 1.000 civils qui seront exécutés le plus souvent à l’arme blanche. Le chaos est total. La gauche communiste se prépare avec ses centaines de milliers de militants armés à la révolution, et l’extrême droite croit que l'heure est arrivée pour prendre le pouvoir et pour la réalisation du projet pan-turc. C’est dans ce contexte que les généraux turcs décident de prendre le pouvoir par un coup d’Etat, le 12 septembre 1980. Un jour avant le jour j, le pentagone informera le président américain en ces termes "A Ankara, les enfants vont passer à l’acte".
La répression et la résistance dans les prisons Le 12 septembre 1980, la Turquie et principalement le Kurdistan se réveilleront au bruit des bottes et des chars. Dans toutes les villes et les villages kurdes des dizaines de milliers de personnes sont arrêtées et regroupées dans des écoles, des stades ou tout simplement sur une place publique et soumises à des tortures et humiliations collectives. Ceux qui sont considérés comme militants ou meneurs sont conduits dans les prisons où la torture devient lourde et systématique. Selon les témoignages des rares journalistes et avocats qui ont pu assister aux procès devant le tribunal de sûreté de l’Etat de Diyarbekir, la plupart d’entre eux, comme Mazlum Dogan membre du comité central du PKK, avaient de la peine à marcher. L’ancien maire de Diyarbekir, Mehdi Zana, était lui aussi détenu. Il témoigne dans son livre "La prison n° 5" de ses conditions de détention qui rappellent celles qu’ont pu subir ceux de Tazmamart au Maroc. Après une période de confusion, les détenus décident de résister en organisant une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention. En avril 1981, ils entreprennent une grève totale (ils ne boivent que de l’eau) qui durera 44 jours. Ils arrêtent la grève lorsque la direction de la prison leur promet des conditions de détention meilleures, mais ces promesses ne seront jamais tenues. Après quelques mois de résistance, fin juin 1981, les détenus acceptent de dire "Je suis Turc" et de chanter l’hymne national. Pourtant, certains comme Mustafa Karasu refuseront de céder. Au lieu d’améliorer les conditions de détention comme elles l'avaient promis, les autorités durcissent la torture de jour en jour. Le 21 mars 1982, Mazlum Dogan allume symboliquement trois allumettes pour célébrer le "Newroz", le nouvel an kurde, et se pend dans sa cellule : les autorités voulaient le forcer à faire une confession publique. Il sera suivi par quatre autres de ses camarades : Ferhat Kurtay, Necmi Onay, Mahmut Zengin et Esref Anyik qui vont s’immoler par le feu dans leur cellule le 18 mai 1982. L’atmosphère et les tortures devenant insupportables, les détenus commencent une nouvelle grève de la faim le 14 juillet 1982. Quatre cadres du PKK en mourront : Akif Yilmaz, Ali Cicek et Mehmet Hayri Durmus succombent au bout de 46 jours. Kemal Pir mourra au bout de 57 jours. Après ces évènements, les conditions de détention s’amélioreront légèrement, mais une nouvelle grève de la faim sera déclenchée le 1er septembre 1983.
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