Le PKK, Les Kurdes et Öcalan

 

Introduction

 

La cavale d’Öcalan à travers l’Europe et son arrestation au Kenya par les Turcs, le 15 février 1999, ont propulsé la question kurde à la une de l’actualité internationale. De plus, à l’heure de l’élargissement de l’Union européenne vers l’Est, l'Union a décidé au cours du sommet de Helsinki de la même année d’accepter la candidature de la Turquie.

Quel ne fut pas le choc en Europe de voir des dizaines de personnes s’immoler par le feu pour protester contre le "complot international" dirigé contre le "leadership national du peuple kurde". Pour beaucoup d’Européens, ces immolations rappelaient étrangement les suicides collectifs des membres de sectes. Les démentis des responsables de l’organisation - qui attribuaient ces immolations à la colère des Kurdes - n’ont pas convaincu grand monde sur la responsabilité de celle-ci.

Ce fut ensuite la surprise provoquée par les déclarations d’Öcalan pendant son procès sur l’Ile prison d’Imrali au mois de juin 1999. Alors qu’on s’attendait à une défense orientée sur les droits politiques et culturels du peuple kurde, on a assisté à une véritable réhabilitation de l’Etat turc et de la légitimité du jacobinisme turc. Öcalan demandait seulement (ndlr : contre sa vie) qu’on lui accorde une chance pour qu’il fasse descendre des montagnes les guérilleros, et ceci sans aucune condition. On pouvait lire dans la presse européenne des titres comme "Öcalan propose la reddition du PKK en échange de sa vie"[1]. En fait, Öcalan prétendait ne demander que  "l’amélioration de la démocratie turque" tout en gardant un silence prudent sur la reconnaissance constitutionnelle des droits des Kurdes.

Après une hésitation qui a duré plusieurs mois, le Conseil Présidentiel du PKK a décidé de suivre son chef, ce qui s’est traduit par l’arrêt de toute activité dénonçant les atteintes de la Turquie aux droits de l’homme, l’abandon de la lutte armée, le retrait des forces armées hors des frontières de la Turquie et la livraison-sacrifice aux autorités turques de deux groupes de 7 personnes composés de dirigeants et militants de l’organisation en signe de bonne volonté. Le septième congrès de l’organisation, réuni au mois de janvier 2000 dans le Nord de l’Irak, a officialisé une situation déjà arrêtée.

A cette époque, le PKK a cessé progressivement toutes ses activités de dénonciation de la répression du régime turc et ses responsables ont commencé à parler de la politisation de l’organisation, comme si celle-ci était auparavant apolitique. Ceci n'était en fait qu'une formulation destinée à masquer le virage à 180 degrés que l’organisation avait entrepris au nom de la "politisation de l’organisation" et de l’intégration à la "République démocratique de Turquie".


[1] Libération, 1 juin 1999

Sommaire