Interview d'Osman Baydemir

 


Avocat et Président de l'IHD de Diyarbakir

Septembre 2000


 
Quelle est la situation générale concernant les droits de l’Homme en Turquie et plus principalement dans les régions kurdes, depuis le cessez-le-feu ?

 

De façon générale, il y a encore beaucoup de problèmes en Turquie au niveau des droits de l’Homme et les associations de défense rencontrent beaucoup de difficultés dans l'exercice de leurs activités.

Quant aux régions kurdes, il faut savoir qu’il n’y a plus de villages. Ils ont été brûlés, ainsi que les champs, et de nombreux Kurdes sont à présent sans ressources ni foyer. Les problèmes majeurs sont provoqués par la politique de l’Etat envers la question kurde. L'arrêt des combats a un peu amélioré la situation, mais il n'y a aucune avancée positive en ce qui concerne les droits de l'Homme.

Ainsi sur le problème de la torture, il n’y a aucune amélioration et l’on peut même penser que les choses empirent. Quant à la fermeture d’associations, comme cela a été récemment le cas pour le bureau de l’IHD ici, elle montre la position que prend l’Etat concernant cette question. Le président de l'IHD, Akin Birdal, est ainsi emprisonné à l’heure actuelle (NDLR: il a été libéré depuis).

Ce qui empêche toute avancée démocratique, c'est le système étatique et les dispositions juridiques visant à réprimer les journaux, principalement ceux de certains partis, les partis eux-mêmes, les grèves... C’est aussi les discours, les opinions, les informations qui sont interdits par les lois. 

 


 

Quelles sont vos relations avec les autres associations européennes ? Travaillez vous ensemble ? Et en général, quelle aide attendez-vous de l'Europe ?

 

Je dirais d’abord que la question des droits de l'Homme est un problème international et pas uniquement national. Ainsi, le problème des droits de l'Homme en Turquie n'est pas un problème seulement turc, mais international. C’est quelque chose qu’il faut replacer dans l’ensemble des relations que la Turquie développe avec les états européens, sous ses aspects stratégiques, militaires et économiques. En conséquence, le problème des droits de l'Homme et de l’avancée de la démocratie en Turquie doit devenir un problème européen.

La position que défendent les associations pour les droits de l’Homme en Turquie est que ce pays doit se conformer aux standards européens en cette matière. En Turquie, ces critères sont très bas : le système et l’Etat en sont la cause. Ce que nous voudrions à présent c’est organiser ici une défense des droits de l’Homme avec une aide internationale. Nous avons déjà des contacts avec beaucoup d'associations en Europe, mais en vérité, mon idée est que cette collaboration pourrait et devrait se renforcer. La question des droits de l’Homme est en effet internationale et ne peut se résoudre que par une pression internationale, ce qui est possible si nous travaillons en collaboration.

Nous espérons cependant un avenir meilleur pour les Kurdes et les Turcs, tôt ou tard. Nous préférerions seulement que ce soit plus tôt que plus tard et pour cela nous avons besoin de l'aide de beaucoup d'associations et de l'Europe. L'entrée de la Turquie dans l'Union européenne est un point essentiel.

Il faut que la république turque intègre les standards démocratiques et respecte les critères de Copenhague, et le seul moyen d'atteindre ce but est l'entrée dans l'Union Européenne. Il faut aussi que les citoyens européens fassent pression en premier lieu sur leurs propres dirigeants, afin qu’ils veillent au respect des critères de l'Union par la Turquie.

 


 

Que pouvez-vous dire sur le problème de l’abolition de la peine de mort en Turquie ?

 

Cette peine pour être appliquée doit faire l’objet d’un vote au Parlement et il y a actuellement 58 personnes condamnées à mort en Turquie (NDLR : depuis 1984, aucune sentence définitive n'a été appliquée). Nous sommes naturellement pour l’abolition, mais des groupes fascistes sont contre cette évolution et se servent du cas d’Öcalan pour la freiner. Une campagne a été lancée en Europe par Amnesty International et d'autres associations pour que la Turquie abolisse la peine de mort, et nous les en remercions.

 


 

Quelle est actuellement l’action qui vous tient le plus à cœur ?

 

La situation dramatique des prisonniers politiques au nombre d’environ 50 000. Ils sont très souvent torturés et leurs conditions de vie sont inhumaines. Aujourd’hui, nous allons lancer une campagne portant spécialement sur leur accès aux soins. Beaucoup d’entre eux, en effet, ne peuvent aller à l'hôpital et ne reçoivent pas de soins. Or des centaines de détenus souffrent de maladies graves, de cancers au stade terminal par exemple, et se meurent faute de soins. 

Nous avons établi une liste de personnes dont le cas est particulièrement préoccupant et qui ont besoin d'assistance médicale. Nous voulons travailler en collaboration avec plusieurs villes, Antalya, Istanbul, Adana, pour voir les cas les plus graves et pouvoir obtenir leur libération. Nous voulons aussi que les prisonniers puissent aller à l’hôpital ou que des médecins leur rendent visite et nous aimerions que des associations européennes collaborent avec nous, en ce sens, et apportent leur soutien à ces prisonniers, ainsi qu'à cette campagne.

Pour le district de Diyarbakir, une réunion a lieu tous les mois avec différents intervenants et associations sur les cas de violation des droits de l’Homme. Un rapport, malheureusement uniquement en langue turque, est rédigé mensuellement et nous pouvons le fournir aux associations intéressées.


 

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