Newroz - 21

La candidature de la Turquie à l'Union Européenne a été agréée à l'occasion du sommet d'Helsinki en décembre 1999. Si tous les pays membres s'accordent pour donner du temps au nouveau candidat, afin qu'il se mette en conformité notamment avec les principes de respect des droits de l'homme, les autorités turques ne semblent pas très pressées de répondre à cette demande ; d'ailleurs, pourquoi le seraient-elles, puisque aucun délai ne leur est imposé ? 

Entrer dans l'Europe, oui. Respecter les grandes règles appliquées par tout Etat membre, non. Il semble aller de soi pour la Turquie que les avantages liés à la position officielle  de candidat à l'Europe sont un dû, qui n'appelle aucune contrepartie et encore moins un droit de regard sur ce qui se passe à l'intérieur de ses frontières. Et la politique du pas-vu-pas-pris fonctionne très bien devant celle de l'autruche !

Pour preuve, les autorités turques ont décidé de reconduire la loi martiale dans les provinces kurdes de Diyarbakir, Hakkari, Sirnak, Dersim et Van pour quatre mois à partir du 31 mars(1), sans aucune justification, ni aucune protestation européenne officielle . Les délégations étrangères qui se sont rendues au Kurdistan, depuis l'arrêt de la guérilla (fin août 1999) ont fait l'objet d'une étroite surveillance et d'un rapport de l'armée et des services secrets turcs(2).

Ce rapport est utilisé contre le peuple kurde et ses représentants et c'est notamment sur ses bases que trois des maires HADEP (Parti de la Démocratie du Peuple) ont été arrêtés et torturés, avant d'être libérés à titre provisoire avec interdiction de quitter le pays(2), détail étonnant si l'on considère que  depuis l'arrestation d'Abdullah Öcalan, très peu de personnalités kurdes ont eu cette autorisation. Ils doivent être jugés alors qu'il n'existe visiblement pas de preuve tangible contre eux, sauf si l'on considère que rencontrer des étrangers implique obligatoirement être sympathisant du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan).

En effet, d'après ce rapport, les délégations seraient venues de façon "illégale" (?). La ville la plus visitée est Diyarbakir (capitale historique du Kurdistan) qui a reçu 26 délégations. Viennent ensuite Mardin avec 23 délégations, Van (22 délégations), Urfa (16), Kars (5) et Elazig (4).  

Le rapport indique également que les délégations ont principalement rencontré des maires du HADEP (seul parti pro-kurde représentatif et ayant une existence légale bien que précaire en Turquie) et discuté des développements économiques et politiques dans la région. 

Le rapport en conclut que le but des délégations était de politiser le PKK, et il accuse ce dernier de les avoir pilotées.

En conséquence, pour la Turquie, les européens qui se rendent dans les régions kurdes pour rencontrer des élus ou des associations kurdes ne peuvent en aucun cas vouloir nouer des relations amicales et établir des échanges avec des représentants de ce pays. Pour les autorités turques, ces européens ne sont que des émissaires du PKK ! Si on ne peut leur faire payer en direct que par quelques heures de garde à vue, il n'en est pas de même pour leur hôtes qui en subissent les conséquences.

D'ailleurs, ceci semble être l'opinion des instances européennes qui  officiellement ne font que déplorer les pressions contre les élus des régions kurdes et  se gardent bien de sanctionner la Turquie (2). Devant les intérêts économiques et stratégiques, la frilosité est de mise et il est préférable de laisser aux bourreaux le temps de se reprendre. Cela fait 77 ans que l'Europe sacrifie les Kurdes, alors un peu plus ou un peu moins...

Roxane - 29 février 2000

(1) Kurdish Observer du 28/02/2000

(2) AFP 24, 25 et 28/02/2000

Sommaire