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Irak : l’heure du bilan et la raison kurde
Les États-Unis ont invité les groupes de l'opposition irakienne à Washington la semaine dernière pour des discussions et visites officielles et privées qui se poursuivent. Ici et là, tous les signes montrent la fin du règne de Monsieur Saddam Hussain, le président Irakien, dont la position n’a jamais été autant menacée qu'actuellement. Monsieur le président Massoud Barzani ne s'est pas rendu à la réunion de Washington, refusant d’y participer pour des raisons stratégiques. La politique du Parti Démocratique du Kurdistan est claire depuis toujours, et mise sur la transparence. Pour son président, il est en effet important que tout ce qui concerne l’avenir du Kurdistan et de l’Irak soit connu, et c'est un point essentiel dans la campagne contre le régime de Saddam Hussain. Depuis 1991, les Kurdes se relèvent de la guerre et occupent les grandes villes du Kurdistan irakien, y compris la ville pétrolière de Kirkuk. Ils ont mis en place le 4 juillet 1992 un gouvernement kurde et un parlement libre et démocratique, malgré les problèmes internes et des complots politiques étrangers contre un rêve kurde, un rêve de vie meilleure et moderne. L'adoption de la résolution 986 par l’ONU - qui octroie aux Kurdes 13 % des revenus pétroliers irakiens - a permis au gouvernement kurde de reconstruire les villes et les villages détruits par les chars et les forces armées irakiennes. Tous ceux qui visitent aujourd'hui le Kurdistan sont d'ailleurs surpris par les grands changements du pays. L’histoire de tous les pays et de toutes les nations fait état de conflits et de problèmes internes, et les Kurdes n'échappent pas à la règle. Mais, malgré leurs différents, les partis politiques kurdes, et principalement le PDK (Parti Démocratique du Kurdistan) et l'UPK (Union Patriotique du Kurdistan) sont arrivés à des ententes, respectant ainsi l’accord de Washington de 1998. Pour répondre aux inquiétudes du peuple kurde, le président Massoud Barzani a déclaré : "Quand la nécessité et le danger surviennent, toutes les dissensions sont oubliées et sans valeur, et les Kurdes sont unis en une seule force". La maturité politique nécessite de prendre en compte les expériences passées et de tirer la leçon des échecs. Dans les années 70, l'erreur a été de faire totalement confiance aux forces extérieures, et c'est l'une des raisons qui explique le refus du PDK de participer à la réunion de Washington d'août 2002. Beaucoup d'éditorialistes américains ont compris que Monsieur Massoud Barzani s'appuyait sur l'expérience de son père le Général Mustafa Barzani, leader kurde qui a marqué la légende patriotique et l’histoire kurde en se battant plus de 40 ans pour les droits de son peuple et a finalement été trahi par les Américains et un complot international et régional, et est mort en exil en 1979. Le message était clair : il faut des réponses précises sur le plan contre l'Irak et l’avenir et le rôle des Kurdes, avant de prendre parti contre un régime comme celui de Monsieur Saddam Hussain qui a utilisé la force pour détruire le Kurdistan Irakien et gazé un peuple qui avait déjà été victime de massacres multiples par le passé. Aujourd’hui, l’heure du bilan a sonné et il est nécessaire que la position et la politique américaines envers les peuples de l’Irak soient clairement établies. En effet, les États-Unis portent une responsabilité morale et politique envers les Kurdes d'Irak, comme l'avait rappelé Monsieur Henri Kissinger dans ses mémoires : "Nous avons commis par le passé une faute et une trahison envers le peuple kurde en l'abandonnant". L’heure de rendre des comptes est arrivée pour le gouvernement irakien, et le moment est également venu pour que les archives américaines soient ouvertes, afin de déterminer les responsabilités dans l’échec de 1974 qui a entraîné le désastre pour les Kurdes d'Irak, et que le gouvernement de Monsieur G.W. Bush fils termine la guerre que son père avait déclarée en 1991. Les États-Unis ont une responsabilité morale envers les Kurdes, et personne ne nie qu'un pays risquerait la vie de ses soldats s'il n'y trouvait un intérêt. Le Kurdistan irakien, riche et prospère, a besoin de technologie et de constructions. Il est tout à fait normal qu’il y ait des intérêts mutuels entre la région et d’autres pays, y compris les USA. Le rêve du peuple kurde, en cas de changements en Irak entraînant des répercussions sur son statut, son avenir et son destin, est que les conditions en soient clairement établies, comme le demandent ses dirigeants qui considèrent que c'est une condition essentielle pour une éventuelle coopération des forces kurdes avec les États-Unis contre le régime de Saddam Hussain. En politique comme dans la vie, rien n'arrive sans raison. Après une période d'autogestion en Irak, après tous les efforts consentis pour reconstruire et assurer le développement économique, social et politique, après les espoirs de liberté, après qu'une nouvelle génération soit née et ait grandi - une génération de la liberté, une génération purement kurde - aucun Kurde ne peut accepter maintenant un retour en arrière et que l'histoire se répète. Cette nouvelle génération nous demande de lui rendre des comptes et nous interroge sur la démocratie et la liberté, la paix et la coexistence pacifique des peuples au sein d'un même pays. Cette génération nous parle un langage que le gouvernement actuel de l’Irak ne comprend ou ne connaît pas. Khasro Pirbal - Finlande 17 août 2002 - Pirbal@hotmail.com
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