Entretien avec Ahmet Zeki Okçuoglu

Ahmet Zeki Okçuoglu a été chargé par le leader kurde Abdullah Öcalan, d’assurer la coordination de tous les avocats qui préparent sa défense.

Quel est votre point de vue général sur l’affaire Öcalan ?

Le régime turc est un système totalitaire cautionné par plusieurs pays et le peuple kurde n’a pas de moyens suffisants pour lutter. Il a besoin de soutien extérieur pour obtenir la démocratie et la justice pour la Turquie. Öcalan est un leader kurde et c’est pour cette raison qu’il est venu en Europe, mais personne n’a voulu lui donner de statut. Nous savons que les mafieux turcs bénéficient de «protection» en Europe.

Cependant, le problème Öcalan est une chance pour l’instauration d’une démocratie et pour que les droits des Kurdes soient reconnus. Ce procès a un côté européen et il faudrait en conséquence que les avocats européens se regroupent derrière nous.

Avez-vous pu rencontrer Öcalan et dans quelles conditions ?

J’ai rendu visite quatre fois à mon client, mais chaque rencontre nécessite 11 heures de transport pour un temps de visite très court (20 minutes la première fois, 40 la seconde et une heure pour les deux dernières) pendant lequel nous informons surtout notre client des événements extérieurs. Les entretiens sont écoutés et il pose très peu de questions par crainte pour sa sécurité. Il est interrogé continuellement par une commission des services secrets et coupé du monde. Il est dans une pièce sans lumière et n’a qu’une sortie par jour dans un endroit étroit d’où il ne peut même pas voir le ciel.

Au cours des deux premières rencontres, Öcalan ne s’est pas plaint de torture physique, mais de torture psychologique. Les deux rencontres suivantes, il était drogué. Nous n’en savons pas plus.

La presse turque a prétendu qu’il avait des problèmes cardiaques et que sa santé était mauvaise. Mais lui dit qu’il se porte bien. Il est à craindre que l’Etat turc diffuse de fausses informations pour pouvoir prétendre qu’il a eu une crise cardiaque.

Comment se présente le procès ?

Il y a 17 avocats pour assurer sa défense, mais il est difficile de faire un travail convenable : nous n’avons qu’une partie de son dossier depuis hier (22/03/99) et elle concerne trois procès, alors que l’Etat prétend qu’il y en aura 18, sans nous informer pour autant des accusations qui seront portées contre lui. Mais nous savons que pendant le procès l’Etat turc tentera de le faire passer pour un tueur, un monstre.

Il y a des erreurs dans le dossier de l’accusation qui ne seront pas difficiles à prouver. L’Etat accuse les kurdes de terrorisme alors qu’en Turquie le vrai terroriste est le régime turc. Nous allons préparer la défense en prouvant ce terrorisme pratiqué depuis 75 ans.

Nous allons préparer sa défense comme si il y avait deux tribunaux : la Cour de Sûreté de l’Etat devant laquelle nous ne sommes pas certains d’obtenir des résultats et le Tribunal de la Sensibilité Humaine qui ne peut que nous approuver.

Ce procès pourrait être une chance pour le peuple kurde qui bénéficie du soutien de partis politiques à l’Étranger et de celui de délégations venues de Norvège, d’Angleterre, de Belgique, d’Italie et de France. Ce que les États n’arrivent pas à faire, les associations peuvent peut-être le faire pour changer les choses. La loi du silence a été brisée : il ne faut pas qu’elle soit remplacée par une nouvelle loi.

Roxane & Sandrine Alexie - 23 mars 1999


Sommaire