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Editorial octobre 1999 "Il nous faut aussi un ciel libre et heureux..." Ahmet Zeki Okçuoglu En 1990, Ahmet Zeki Okçuoglu fondait les Editions DOZ à l'origine du premier journal (ROJNAME) et du premier calendrier kurdes parus en Turquie. Quand le sol et l'espace que vous occupez dès la naissance le sont par effraction, pourquoi ne pas s'attacher à circonscrire le temps, à posséder le cours du temps avec les mots d'une langue bannie ? Ahmet Zeki avance sa langue et ses écrivains comme un stratège ses cavaliers et fantassins. Et chaque écrit, chaque mot trouvé ou revivifié dans cette langue engourdie par des années d'interdiction fait reculer l'ombre et la mort du pays kurde. Ce pays n'existe sur aucune carte, dans aucun guide ? Qu'à cela ne tienne, DOZ publie en 1998 le premier Kurdish Guide With Dictionnary à l'usage des touristes. De sorte que nous pouvons dès maintenant nous adresser at the Police Station en disant "Hunê karibin alîkariya min biki ?" (Pouvez-vous m'aider ?). Il est vrai que très prévoyant, ce guide recommande ensuite de terminer la conversation par "Ez bêsuc im" (je suis innocent) et nous sommes assurés que les autorités turques en prendront bonne note. Est-ce que cet homme est fou ? Sans doute oui, d'une folie rafraîchissante, celle des fous de livres, de culture et de lois, de civilisation en un mot. Editeur dans une langue maudite, avocat des droits de l'homme, auteur de nombreux articles politiques, il n'est jamais trop sûr du nombre de plaintes en cours contre lui. Retiré du barreau en 1990, il a accepté de défendre Öcalan alors qu'aucun avocat n'avait encore osé se porter volontaire. Ce fut aussi le premier à partir parce qu'il ne croyait pas en la défense voulue par son client. Car cet homme fabuleusement doux et sensible est aussi fabuleusement têtu et rien n'arrête Ahmet Zeki lorsqu'il est persuadé d'avoir raison. Aujourd'hui, Ahmet Zeki Okçuoglu souhaite venir en France et se bat pour obtenir du gouvernement turc un passeport et le droit de sortir du pays. Depuis trois mois, il endure intimidations et pressions à cause de ses démarches. Le 22 septembre dernier, alors qu'il dînait au restaurant, il a été arrêté et mis en garde à vue pendant une nuit, "par erreur". Aussi, nous demandons à la France d'inviter officiellement Ahmet Zeki Okçuoglu, afin qu’il puisse découvrir qu'il existe des villes où un repas entre amis ne se termine pas forcément en garde à vue… Sandrine Alexie |