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Éditorial septembre 2002 |
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"Dis-moi par qui tu te fais juger et je te dirai qui tu es. Il n'est pas en politique d'axiome plus sûr". Le coup d'état permanent - François Mitterrand Le Procureur Général de la Cour de Cassation turque vient de demander qu'il soit interdit à Akin Birdal (ancien président de l'IHD) et à Murat Bozlak (président du HADEP) de se présenter aux élections du 3 novembre prochain. Cette demande intervient au moment où la Cour Constitutionnelle doit se prononcer sur une éventuelle interdiction du HADEP (Parti de la Démocratie du Peuple), et où la Turquie qui aspire à rejoindre l'UE attend de cette dernière qu'elle fixe rapidement une date pour l'ouverture de ses négociations d'adhésion. Malheureusement, la Turquie ne met pas à profit l'attente imposée par l'Europe en s'attachant à mettre en application les critères de Copenhague. Il semble au contraire qu'elle préfère tromper son impatience en prenant en otage les démocrates kurdes et en tentant de brider leur liberté d'expression. On peut par ailleurs se demander pourquoi Akin Birdal et Murat Bozlak, les deux étant connus pour leurs discours pacifistes et leurs prises de position en faveur de la démocratie et des droits de l'homme. Dans ce contexte, il n'est pas inutile de rappeler que d'un autre côté, cela fait des mois que le PKK (rebaptisé KADEK) multiplie les manœuvres pour obtenir la fermeture du HADEP, dont il a toujours considéré le chef de file comme un empêcheur de manipuler et de magouiller en rond. Il n'hésite d'ailleurs pas, pour convaincre les associations et instances européennes de sa propre "légitimité", à présenter certains de ses militants comme des représentants officiels du HADEP, ce qui lui permet de diffuser largement sa propagande… tout en prétendant que les dirigeants de celui-ci sont en fait des militants PKK (Et le pire, c'est que ça marche, un air important et un costume-cravate suffisant généralement à convaincre...). Le PKK était persuadé en début d'année que la Turquie prononcerait "enfin" l'interdiction du HADEP - et n'hésitait d'ailleurs pas à s'en vanter et à organiser la succession - et s'est pour cette raison abstenu soigneusement de lancer ici la moindre campagne d'information en faveur de ce parti majoritaire dans le Sud-est. Et ceci, malgré son soit-disant dévouement à la liberté et la démocratie. Dans le même temps, il tentait de convaincre nombre d'ONG européennes de se mobiliser contre la Turquie pour les motifs les plus divers, l'intégration de celle-ci à l'UE n'entrant pas dans ses plans. Seule une décision rapide et favorable au HADEP permettrait de mettre fin à cette situation ambiguë et préjudiciable à l'instauration d'un véritable jeu démocratique en Turquie. Un aveuglement incompréhensible fait pourtant agir celle-ci contre son propre intérêt, en tentant de réduire au silence les seuls politiques qui luttent réellement pour une amélioration de la situation. Leur enlever toute possibilité d'expression, c'est risquer de ne plus pouvoir ouvrir le dialogue entre le Sud-est et l'Etat - s'il n'y a plus de représentants légitimes qui bénéficient de la confiance des électeurs de la région - ceci à un moment où la situation sur place devient de plus en plus préoccupante. En bâillonnant des interlocuteurs représentatifs, la Turquie ouvrirait la porte aux mouvements extrémistes et se priverait ainsi d'un précieux soutien. Cependant, la Cour Constitutionnelle peut encore faire barrage au PKK… si elle ne se trompe pas de cible en interdisant le seul parti qui empêche celui-ci de manœuvrer à sa guise dans le Sud-est, mais qui semble malheureusement beaucoup plus déranger par l'impact qu'il peut avoir sur les électeurs, qu'un mouvement totalitaire, illégal et clandestin qui accessoirement n'hésite pas actuellement à réarmer ses troupes. Roxane 26/09/2002 - La Commission Suprême des Elections (YSK) a confirmé sa décision d'interdire d'élections plusieurs candidats, dont Murat Bozlak et Akin Birdal, condamnés antérieurement au titre de l'article 312 du Code Pénal qui ne peut pourtant plus être invoqué, et malgré les nombreuses protestations que ce verdict soulève en Turquie (source : Turkish Daily News). |