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Editorial juin 2000 "Nous ne nous renfermons pas dans les murs d'une cité mais nous entrons en communication avec le monde entier et nous adoptons l'univers pour notre patrie" Sénèque, De la tranquillité de l'âme Être et se vouloir citoyen c'est aspirer à l'unité du genre humain. Et ce qui caractérise la citoyenneté par rapport aux autres facteurs d'unification du genre humain est son libre consentement. Les citoyens sont liés entre eux par une adhésion commune et non reliés par une sujétion individuelle à un pouvoir autoritaire. Les mouvements religieux ont rarement fait place à la liberté des consciences. Quant aux nationalismes, ils suivent tous un credo ethnico-linguistique assez réducteur. Les nations fondées sur l'idée de citoyenneté ont au contraire une volonté politique d'intégrer un ensemble de personnes d'appartenances politiques, ethniques et confessionnelles diverses pourvu qu'elles s'accordent sur un même système de valeurs. Dans ce cas, l'ÊTRE du citoyen s'oppose au NAÎTRE dans la nation. Les valeurs qui peuvent soutenir une identité citoyenne ont été assez variables au cours de l'histoire. Il suffisait qu'elles soient assez souples, et même parfois relativement floues afin que diverses communautés s'y intègrent et s'y reconnaissent sans devoir raboter leurs particularismes. L'évolution de la civilisation grecque de la Cité-Etat à un empire hellénistique plus ou moins divisé politiquement mais culturellement uni, a permis l'émergence de la koyné, c'est-à-dire cette culture de la Cité qui s'est propagé dans toute la Méditerranée, si bien que l'on peut dire sans trop d'exagération, qu'au II° siècle av. JC ; être Grec signifiait avant tout résider dans une ville pourvue d'un gymnase et d'écoles de philosophie. De nos jours, c'est l'information, sa circulation, la communication entre les personnes géographiquement et culturellement éloignées qui fait qu'on accède ou non à la capacité d'être citoyens du monde. Les mutations technologiques du 20° siècle étant vues comme génératrices d'un monde froid d'où l'humanisme serait quasiment banni, il peut être assez provoquant d'affirmer que l'accès à la culture technologique ou son exclusion est aujourd'hui un critère de citoyenneté. Mais la citoyenneté est un acte d'existence qui impose non seulement un choix personnel mais aussi un certain niveau de vie, l'accès à une culture. Car pas de citoyenneté dans l'ignorance, la paupérisation et l'impossibilité de se situer et de s'affirmer comme sujets à des droits et des devoirs. Le monde technologique dans lequel nous vivons, par opposition à ce que l'on peut encore appeler le "Tiers-monde", ou les "pays en voie de développement", peu importe le terme, est un monde privilégié. On l'appelle souvent, du moins en Europe, l'Occident, mais improprement, si l'on considère le Japon, qui appartient bien à notre civilisation techno-informative. Je pense aussi à certaines villes de Turquie, qui est un pays que je connais bien, par exemple à Istanbul où l'on peut passer du monde développé et "occidentalisé" (Taksim, Harbiye) aux gecekondu (bidonvilles où le niveau de vie et d'éducation rejoint ceux des pays les moins favorisés). Et envisageons même nos métropoles où dans un même espace nous rencontrons les citoyens "informés" et ceux qui sont exclus de la connaissance du monde. Non, les limites de notre civilisation ne sont plus géographiques. C'est donc aujourd'hui le niveau de vie et l'accès aux derniers moyens que nous procure la richesse et la technologie qui font le citoyen, puisque pour être citoyen du monde, il faut avoir accès au monde aussi facilement qu'à son propre quartier. Sandrine Alexie |