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Qui est l'AKP ?
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Aujourd’hui, le débat est ouvert sur les élections en Turquie et la victoire du Parti de la Justice et du Développement (AKP). Le nouveau premier ministre, Abdullah Gul, est connu pour être un des leaders de l’aile nationaliste de l'AKP et pour avoir fait partie dans sa jeunesse de deux organisations nationalistes. Au parti de la Vertu (FP), il a été l’une des figures principales des réformistes, de ceux qui veulent s’ouvrir à l’Ouest. Son accession au poste de premier ministre a été saluée tant par les États-Unis et l’Union Européenne que par des politiciens du pays. A l’Étranger, il est connu pour être politiquement modéré, réformiste et pro-occidental. Il se dégage principalement deux réactions face à l'accession au pouvoir de l’AKP : d’un côté, il y a ceux qui le présentent comme un parti fondamentaliste, anti-laïc, et s’inquiètent de la menace qu’il porterait au système prétendument laïc et démocratique de l’État ; de l'autre, il y a ceux qui se réjouissent de ce qu’un parti religieux musulman, composé de leurs frères, soit arrivé au pouvoir en Turquie où "99 %" de la population est musulmane. Ceux qui se disent inquiets pour le système ont majoritairement voté pour le Parti Républicain du Peuple (CHP), l’opinion publique européenne et nord-américaine, comme si l’AKP était un parti typiquement fondamentaliste dont l'objectif serait de changer le système, ou tout au moins d'opérer des changements radicaux dans les structures de l’État. L’autre point de vue est soutenu par la plupart des pays islamiques tels que l’Iran et d’autres pays voisins, tout comme une large partie des communautés musulmanes dans le monde. Selon ces dernières, l’AKP est un parti islamique fort qui défendra les valeurs islamiques et les Musulmans en Turquie. Cependant, aucune de ces opinions ne reflète la réalité, parce qu'avant tout, comme certains milieux le pensent, l’AKP n’est pas ce qu'on entend habituellement par parti islamique ou fondamentaliste, et il ne devrait pas en conséquence constituer une menace pour le système laïc et démocratique. Il présente il est vrai des composantes religieuses, mais c'est également le cas des autres partis. Rappelons ici que c’est le soi-disant social-démocrate CHP qui avait présenté dans sa liste Yasar Nuri Ozturk, un professeur d’Islam bien connu, et qu'aujourd’hui la presse mentionne que le Président du CHP, Baykal, a jeûné (pour le Ramadan) durant son voyage en Pologne. Rappelons également que le célèbre homme d’État Ecevit et son Parti Démocratique de Gauche (DSP) avaient de bonnes relations avec l’un des plus grands leaders islamique, Fethullah Gulen, qui possède un impact médiatique conséquent et fonde nombre d’écoles réactionnaires à travers le monde. Et qu’en est-il du Parti de la Juste Voie de Ciller (DYP) ? Jusqu’à sa défaite électorale historique, elle hurlait des slogans pro-islamiques, le foulard sur la tête. Le parti de la Mère Patrie (ANAP) est comme les autres si on considère son premier candidat à Antalya : n’est-il pas le chef d’un ordre religieux ? Dans un pays où la laïcité, au sens où l’entend l’Occident, n’existe pas, il ne peut y avoir de "partis laïcs". L’AKP n’est pas un parti plus pro-islamique que les autres, ou en d’autres termes, les autres partis ne sont pas moins pro-islamiques que l’AKP. Ainsi, il ne représente pas plus une menace contre le système. A l'origine, quand le RP s'est divisé, qu'il fut fermé et que Necmettin Erbakan fut interdit d'activités politiques, il y eut un fort contrôle du pouvoir militaire sur ce parti, jusqu'à la création de l'AKP. Depuis la formation de l’aile réformiste du parti de la Vertu (FP) et la création de l’AKP, pendant la période électorale et encore aujourd’hui, ce soutien a continué. Ce ne sont pas seulement les militaires, mais également les États-Unis et l’Union Européenne qui ont exercé une forte influence sur l’AKP. Les US particulièrement semblent beaucoup s’intéresser à ce parti et à son leader Erdogan. Il est connu que celui-ci s'est rendu plusieurs fois aux États-Unis pour discuter de son parti avec des officiels américains. Ces relations privilégiées ont été fortement critiquées par les Islamistes traditionalistes du Parti du Bonheur (SP) qui désignèrent même Erdogan comme "pro-américain". Il a été avancé que la demande de fermeture déposée contre l’AKP a été repoussée, après les élections, parce que l’Amérique le souhaitait. Pour que ce soutien soit clair dans les esprits, les US ont d'ailleurs déclaré avant les élections qu’ils étaient prêts à travailler avec l’AKP. En outre, après l’énorme victoire électorale de ce parti, l’ambassadeur américain Pearson s'est rendu au siège de l’AKP pour présenter les félicitations du président Bush, au moment où l’on arguait que le gouvernement ne serait pas légitime, puisque ce ne serait pas le président du parti mais un personnage secondaire qui deviendrait premier ministre. Cette visite fut un soutien significatif au leadership d’Erdogan et pour la reconnaissance de son parti. Si on se penche sur les raisons de ce soutien de l’Amérique à ce parti, on constate que le pro-slamique AKP pourra très bien servir ses intérêts. En effet, la Turquie est un allié très important des États-Unis et son identité islamique les a beaucoup aidés en Bosnie, Albanie et pour finir en Afghanistan, là où certains cercles les accusaient d’attaquer le monde musulman. Par ailleurs, le terroriste Oussama Ben Laden d’al Qaida, et ses dangereuses activités à travers le monde, obligèrent l’Amérique à remplacer ou affaiblir de tels réseaux islamistes. Une approche plus douce et plus modérée de l’Islam, représentée par l’AKP, semble être une bonne alternative à leurs yeux. Relayant les US, l’Union Européenne a déclaré également que l'élection de l’AKP n’aurait aucun effet négatif sur ses relations avec la Turquie. L’ambassadeur du Danemark, pays actuellement à la présidence de l’UE, a rendu visite à Erdogan et l’a assuré du soutien de l’Union. Par la suite, le représentant du Conseil de l’Europe et celui des Affaires Étrangères de l’UE ont rendu visite à l’AKP pour s'entretenir avec Erdogan. Celui-ci s'est également déplacé en Europe pour des visites en Italie, en Grèce et en Espagne où il a été accueilli comme un premier ministre par les gouvernements, et où les médias lui ont accordé une grande attention. Depuis, tous les messages d’Erdogan et de l’AKP ont été considérés comme modérés et positifs. |
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