Qui est l'AKP ?
par Mutlu Civiroglu


Introduction La création de l'AKP La religion et l’Etat La structure de l'AKP
Le cas Tayyip Erdogan Les thèmes populaires et l'AKP Conclusion Annexes

 

Les thèmes populaires et l’AKP

 

 

L’Union Européenne 

Dès le lendemain des élections, l’AKP a semblé très intéressé par l’UE. Lors de son premier discours, Erdogan a déclaré que sa première préoccupation serait d'obtenir une date à Copenhague pour l'ouverture des négociations d'adhésion de la Turquie. Il a ajouté que serait créé un comité spécial au Parlement, responsable des relations avec l’UE, et que le gouvernement de l’AKP respectera tous les verdicts rendus par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

L’Union Européenne semble également satisfaite du gouvernement de l’AKP. L’ambassadeur du Danemark, pays qui assure actuellement la présidence européenne, a rendu visite à Erdogan et exprimé son soutien à l’AKP. Les visites de celui-ci en Italie, en Grèce et en Espagne ont été un succès pour l’AKP, puisqu’il a été reçu comme un premier ministre et que les messages des premiers ministres de ces trois pays ont été jugés satisfaisants par les observateurs.

 

Chypre

Chypre est l’un des plus gros problèmes en Turquie et a été utilisé politiquement depuis longtemps par les partis nationalistes, spécialement par Ecevit, et la voie vers la résolution de ce problème a toujours été fermée par les autorités étatiques. Certains cercles envisagent Chypre comme une question d’honneur national. L’AKP s’est avancé pour promettre aux US et à l’Union Européenne une solution, et cela est considéré comme une des plus fortes raisons du soutien accordé à l’AKP. L’attitude du parti semble corroborer cette idée et il y a quelques jours, Erdogan a proposé le modèle belge pour Chypre, bien que cette proposition ait été critiquée vivement par Ecevit et son ancien ministre Sukru Gurel. Il semble donc qu’une solution pour Chypre soit plus proche que jamais.

 

L'attaque des US contre l'Iraq

L’AKP a sur ce point la même attitude que le précédent gouvernement. Bien qu’il ait déclaré être contre une attaque contre l’Iraq, il a aussi affirmé que si l’ONU votait une résolution, il l’accepterait. En bref, en dépit des affirmations de certains cercles selon lesquels l’AKP est un parti pro-islamique, il ne s’opposera pas à une attaque américaine contre l’Iraq.

 

FMI 

Le chef de file de l’AKP, Erdogan, a déclaré publiquement que les programmes du FMI entamés par le précédent gouvernement seraient poursuivis.

 

Les partis politiques et la Loi électorale

Ce problème est également un des problèmes majeurs en Turquie. Le seuil de 10 % au niveau national qui a été instauré pour bloquer le HADEP a causé la chute de tous les partis aux élections. L’AKP a promis de remanier cette loi avec l’unique parti d’opposition, le CHP. De plus, Erdogan lui-même étant interdit en vertu de cette cette loi, il est certain que des réformes vont être entreprises pour lever cette interdiction et lui permettre de devenir premier ministre.

 

Les droits de l’homme et la torture

Tayyip Erdogan a fait des déclarations sur les droits de l’homme et la violence, principalement au sujet de la torture, et s'est fermement prononcé contre de telles pratiques. Il a également indiqué que le gouvernement se pliera aux critères de Copenhague.

 

La question kurde et l’AKP

Lors des dernières élections, les Kurdes ont montré clairement leur choix. Dans 13 provinces kurdes, le DEHAP (Ndt. : liste commune de quatre partis dont le HADEP et le DEHAP) a reçu la grande majorité des suffrages. Il a remporté le succès en devenant le premier parti, réunissant même plus que l’unique parti d’opposition, le CHP. Mais, en raison de la barre des 10 %, il a échoué à envoyer des représentants au Parlement. Il n’est donc pas possible de parler d’une représentation de l’AKP dans les régions kurdes. Erdogan et son parti doivent prendre ce point en considération et satisfaire les attentes du peuple kurde.

Ce que sont ces attentes : la reconnaissance constitutionnelle de l’identité kurde et de sa culture, mais aussi le droit d’utiliser sa langue maternelle dans l’éducation et les médias. Certains objecteront que ces droits ont déjà été accordés, alors pourquoi y revenir ? Si nous examinons les soi-disantes réformes, nous constatons qu’il est impossible de les mettre en pratique, car elles sont plus des moyens ingénieux de paraître concorder avec les mesures requises par l’Union Européenne qu'une plus grande liberté accordée aux citoyens. (v. Harut Sassounian’s  "Will Turkey Succeed in Fooling Europe By Adopting a Series of Fake Reforms ?" October 3, 2002  California Courier Publisher).

L’une des principales attentes du peuple kurde est que le gouvernement de l’AKP apporte une solution aux problèmes des réfugiés et les aide à retourner dans leurs villages ; en effet, des milliers de villages ont été vidés par la force et des millions de Kurdes ont été déplacés.

Le Parti de la Démocratie du Peuple (HADEP) qui est le seul représentant politique des Kurdes est également une question importante pour l'État. Depuis la création de ce parti en 1994, il a été sujet à d’innombrables répressions, attaques, meurtres, arrestations. Comme cela reste présent dans les mémoires, 2 officiels du HADEP ont disparu à Sirnak en 2000 et plus personne n’a jamais entendu parler d’eux depuis. Les 6,23 % de votes HADEP aux dernières élections, et le contrôle des municipalités, ont prouvé qu’il est le seul représentant de ce peuple. Le HADEP veut la liberté d’exister et d’agir politiquement.

Si nous revenons aux solutions proposées par l’AKP sur ces questions, il n'y a malheureusement aucune déclaration ou proposition, hormis celle du président député de l’AKP, Yasar Yakis [maintenant ministre des Affaires étrangères] sur le verdict de la CEDH au sujet de la situation de Leyla Zana et des autres députés DEP. Ni Erdogan, ni aucun officiel de l’AKP n'a fait de déclaration sur le problème le plus vital du pays, la question kurde. Le gouvernement doit prendre en compte cette réalité et faire de courageuses avancées, afin de résoudre cette question. Dans le cas contraire, son avenir ne sera pas très différent que ce que les autres partis ont connu lors de leur défaite historique.


 

Conclusion

En conclusion, l’AKP est soutenu par les militaires, les US et l’Union Européenne, depuis sa création, même à l’époque du FP quand la distinction entre réformistes et traditionalistes est apparue.

Dans l’actuelle situation de faillite que connaît la Turquie, il est le meilleur acteur, puisque plus aucune confiance n’est accordée aux autres partis et leaders. Ainsi, seul un parti nouvellement créé, jeune et non usé, dirigé par un président jeune et charismatique qui a suscité une grande confiance et acquis une popularité, peut être plus efficace que les autres partis turcs.

La voie pour ce parti est réellement dégagée, puisqu’il a obtenu une large majorité au Parlement ce qui ne s’était pas produit depuis des années, et qu’il va gouverner seul le pays, sans les problèmes des coalitions. De plus, le soutien de la population en Turquie est très fort envers ce parti tout comme à l’Étranger. 

Cependant, parmi ses députés, il y a d’anciens députés, maires et académiciens qui furent exclus et mis en examen en raison de leurs agissements réactionnaires contre le système laïc. Par exemple, le nouveau ministre de l’Intérieur Abdulkadir Aksu [qui a renié son identité kurde] est connu pour être impliqué dans l’affaire de Susurluk, et le ministre de la Justice Cemil Cicek pour avoir qualifié le féminisme d’aberration. Le ministre d’État Besir Atalay [qui fut renvoyé de l’université de Kirikkale en raison de ses activités réactionnaires] est l’une des plus célèbres personnes au noir passé, ainsi que l’ont écrit tous les journaux. Le président de la Turquie, Ahmet Necdet Sezer, est intervenu lors de la constitution du cabinet pour empêcher la désignation d’Atalay à l’Éducation. Grâce à son intervention, Atalay a été nommé ministre d’État à la place d'obtenir le ministère de l’Éducation.

La présence de telles personnes au passé trouble peut briser les espérances de beaucoup de gens, mais si ce parti est sincère dans sa politique, tout semble concourir en sa faveur. Le pays connaît des problèmes extrêmement urgents, tels que la question kurde, la liberté d’opinion et d’expression, la candidature à l’UE et le respect des critères de Copenhague, le chômage, la crise économique et politique, les lois électorales et Chypre. Si Erdogan et le gouvernement peuvent trouver des solutions à ces problèmes majeurs, principalement à la question kurde qui est le problème le plus important et le plus essentiel depuis la fondation de la République - qui a connu jusqu’à aujourd’hui 29 soulèvements - et a causé la mort de milliers de gens et un dommage économique qui se chiffre en billions de dollars, il n’y aura dès lors aucune raison pour qu'il ne rencontre pas le succès. Et il n’est même pas irréaliste d’envisager qu’Erdogan devienne un second Ozal et que l’AKP se renforce s’il apporte des solutions. Mais, si l’AKP échoue à résoudre ces problèmes, son destin ne sera pas meilleur que celui des partis qui l'ont précédé.

Mutlu Civiroglu (Ancien Coordinateur des Relations Internationales du HADEP)
Novembre 2002 


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