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Avant comme après sa capture, le leader kurde, Abdullah Öcalan, a toujours été en faveur d’une véritable démocratie en Turquie, pays où l’opposition est bâillonnée, où un peuple de 20 millions de personnes est nié et subit chaque jour des pressions brutales. Au nom de quoi ce peuple n’aurait-il pas le droit de parler sa langue, de transmettre sa culture aux générations futures et d’avoir sa propre identité ? Sa lutte n’est-elle pas légitime au regard des lois internationales ? Abdullah Öcalan se bat pour la paix, pour l’instauration de la démocratie et représente un symbole de liberté et de paix pour l’ensemble de son peuple. Il encourt la peine capitale pour "trahison et atteinte à l’intégrité territoriale" selon l’état turc. Les conditions dans lesquelles se déroule son procès violent les règles fondamentales du droit international, alors même qu’une véritable guerre est menée contre le peuple kurde depuis 15 ans : des milliers de personnes ont été tuées, des millions ont été forcées à l’exil. Des milliers de villages ont été vidés de leur population et détruits. Pour toutes ces raisons, il faut que les pays européens agissent, pour qu’une solution pacifique et démocratique soit trouvée à la question kurde en Turquie. Ils doivent exiger le respect des conventions, notamment européennes, et l’application d’une solution négociée. Le peuple kurde, comme tous les autres peuples, doit obtenir la reconnaissance de ses droits politiques, civiques, éducatifs et culturels dans le cadre d’institutions propres ne remettant pas en cause l’intégrité territoriale de l’actuelle République de Turquie. Cette voie pacifique de règlement implique la cessation des actions militaires et le retour des réfugiés et des populations déportées dans leur région d’origine. Lors des dernières élections en avril dernier, malgré les pressions et la quasi impossibilité de mener sa campagne électorale, le HADEP (Parti de la Démocratie du Peuple), parti pro-kurde légal, a brillamment remporté 37 mairies et a recueilli près de 65 % des voix dans certaines villes. Malheureusement, les nombreuses arrestations dont ont été victimes les membres de ce parti et les fraudes électorales ne lui ont pas permis d’obtenir les 10 % de suffrages nécessaires au niveau national pour siéger à l’Assemblée. A plusieurs reprises, les autorités européennes, ainsi que l’ONU, ont demandé à la Turquie de respecter les engagements pris en matière de droits de l’homme et des minorités, mais sans résultat à ce jour. Au plan international, la résolution de la question kurde dépend de la responsabilité de l’Europe qui doit rechercher une solution politique globale pour instaurer une paix durable en Turquie et faire respecter l’intérêt des peuples turc et kurde. La communauté européenne doit agir pour mettre fin au conflit dans ce pays. La paix est en marche au Kosovo : une intervention diplomatique des pays européens et des États-Unis n’est-elle pas de même envisageable pour le Kurdistan ? La Turquie aspire à être intégrée à l’Europe : ses partenaires ne se sentent-ils moralement pas le devoir de garantir la paix et le respect des Droits de l’Homme chez l’un de leurs alliés ? Le peuple kurde est assoiffé de paix et de liberté. L’intervention pour faire cesser un conflit a été rapide et efficace ailleurs : pourquoi pas en Turquie ? Mazlum Firat - Juin 1999 |