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L'aventure de la rébellion kurde, entamée il y a quinze ans par le Parti des Travailleurs du Kurdistan ne s'est pas achevée avec le retrait de la guérilla des frontières de Turquie. Les Kurdes, armés ou désarmés, sont toujours au nombre de vingt millions dans ce pays et quelques millions en Europe. L'arrêt des combats peut-il sonner le glas de tout un peuple ? L'appel à la paix lancé par Abdullah Öcalan n'est pas le premier en date. Ces dernières années, le PKK n'avait pas décrété moins de trois cessez-le-feu unilatéraux, tous refusés par la Turquie, murée dans son intransigeance et déterminée à "en finir avec les Kurdes". Mais aujourd'hui, à l'épuisement de la partie kurde du pays, ravagée par quinze ans de guerre et d'exactions, répond l'effondrement de la partie ouest de la Turquie, touchée à mort par le tremblement de terre. Et ces deux tragédies ne sont pas sans rapport. Comme l'a déclaré récemment Veli Haydar Güleç, le Président de la section du HADEP d'Istanbul (parti pro-kurde légal) : "Ces quinze dernières années, l'État turc s'est surtout attaché, tant dans sa politique que dans l'organisation de ses structures, à poursuivre la guerre coûte que coûte, et n'a pas prévu de protéger et de gagner la confiance de la population, face à de telles catastrophes." Et l'ampleur de la solidarité internationale qui s'est alors manifestée a pu démontrer aux Turcs que leur isolement ne venait pas de l'hostilité des pays étrangers, mais bien de la rigidité et de la crispation de leur système étatique, qui empêche toute détente, tout geste pour la paix, toute main tendue. La volonté du PKK de renoncer à la lutte armée et d'entamer à présent une action purement politique est une chance pour la Turquie, car cette trêve, elle n'aurait su la décréter elle-même, tant la logique de guerre étouffe ce pays depuis quinze ans et refuse la parole à tous les citoyens turcs et kurdes de bonne volonté, convaincus que la démocratie en Turquie ne pourra se faire sans une résolution politique de la question kurde. La pire erreur que peuvent commettre la classe politique turque et l'armée serait de considérer ce retrait comme la fin du problème kurde et la fin du PKK, sans profiter de cette main tendue pour reconstruire un pays à présent presque entièrement détruit, le reconstruire sur des bases nouvelles, qui ne poseraient plus la discrimination ethnique comme fondement de sa constitution. La paix en Turquie et au Kurdistan ne peut passer que par la discussion politique autour d'une table de négociations, dans un processus de démocratisation et de reconnaissance de l'identité culturelle et politique des peuples d'Anatolie. Septembre 1999 |